Des versions tchèques d’Alice, ou Grimoire et l’aventure enchantée du Dolly Kei
28 juillet 2011 | par Valérie | Publié dans A la Une, J-Japan | 10 Commentaires | lu 11 395 fois | 11 votes ! Merci !
C’est une maison de poupée, perchée au 7ème étage d’un petit immeuble étroit, comme il y en a des centaines de mille à Tokyo, de ces immeubles auxquels on ne prête plus attention.
Pas de néon multicolore pour vous annoncer la couleur. Non, ici, la discrétion est celle exigée par les véritables amateurs, les chercheurs de trésors, les amoureux de la fringue vintage… et historique, pourrait-on dire, lorsque les charmantes hôtes de Grimoire vous accueillent.

Grimoire, elle mérite bien son nom cette boutique, vous faisant passer devant vos mirettes ébahies un déferlement de références européennes comme autant de recettes de magiciennes. Parce qu’il faut bien l’avouer, seules nos nippones passionnées d’histoires fabuleuses sont capables de vous arranger une petite pièce insipide et vous la transformer en une sorte de caverne pour hobbits. Dans cet antre qui frôle les rêves des chimères, se retrouvent pèle-mêle, antiquités et vieux objets oubliés, chemins de lierre celtique, marionnettes italiennes, poupées antiques démembrées, tête de lapin à bois de chevreuil, miroir des vanités – tiens ! Et une cage thoracique humaine. De l’autre côté, on trouve fringues vintage, de la jupe de gitane indienne, à la chemise légère de la Pompadour, robe tyrolienne d’Heidi, couvre-chefs des années folles… et même accessoires de la franc-maçonnerie.
Elle s’appelle Hitomi Nomura, l’instigatrice de ce petit paradis. Et celui qui a rendu l’aventure possible, c’est Naoaki Tobe. Ancienne brillante étudiante en mode, passionnée par l’Europe de l’Est et ses grand-mères, modèle pour le magazine CUTiE, Hitomi Nomura ne s’attendait éventuellement pas à rencontrer un tel succès lorsqu’elle a ouvert Grimoire en juin 2008 (tant et si bien qu’elle ouvrit ce printemps dernier une seconde échoppe du nom d’Almadel).
Leur étrange silhouette leur a valu l’appellation de « Dolly Kei », ou d’antique « doll », par les chasseurs de Snaps de Tokyo. Mais Hitomi Nomura et ses très jolies adjointes, ne se définissent tout simplement pas. Bien entendu, avoue Kaori, véritable bras droit d’Hitomi au magasin, leur inspiration leur est quelque peu dictée par ces poupées antiques – vous savez, ces poupées françaises ou allemande en biscuit – qu’elles trouvent encore plus charmantes si elles portent les joyeuses traces du temps.

C’est-à-dire que le style « Dolly Kei » ne s’improvise pas juste avec de la fringue vintage et puis c’est tout ! Ce style très recherché, mélangeant couches de vêtements en surnombre, détournant une robe pour en faire un chemisier, une jupe pour en faire une robe, des pompons de rideaux de velours pour en faire des colliers ou des ceintures, entrelaçant habillement les couleurs comme dans une peinture flamande du XVème siècle, se couvre également d’une aura un peu mystique.
Elle est indubitablement là, en vérité, la clef du « Dolly Kei ». A l’allure de paysannes sorties des contes des frères Grimm, de ce côté un peu folklorique et terriblement tendance (elles sont applaudies dans les meilleurs magazines de mode nippons), la petite touche qui donne le dernier frisson est indispensable. Et il vous faudra oser arborer les couleurs de telle loge franc-maçonne, les colliers à breloques dorées, les broches décrivant des scènes classiques – ou un mignon petit chat ! – des bagues à poison, et autres brocantes en quantité, dans le syncrétisme le plus naturel du monde, si jamais leur grâce vous a touchées.
Texte et photos de Valérie Fujita
Adresse Grimoire : Tokyo to Shibuya ku jinnan 1-10-7 Tales Jinnan building 701 7ème étage
Adresse Almadel : Tokyo to Shibuya ku jinnan 1-17-3 San building 2ème étage
Site web : www.grimoire.jp



























